Je ne parle pas de la tristement célèbre angoisse de la page blanche, mais de ces cas où on a l´impression de manquer d´inspiration, de ne pas trouver une suite satisfaisante à ce qui a été écrit la veille, de ces chapitres où on ne semble avancer qu´en ajoutant une petite ligne ici et là, en retouchant une phrase... Dans tous les cas, le résultat ne satisfait pas et ça dure, ça dure...
Cet agaçant problème s´appelle la plume récalcitrante ! Et c´est un problème que je connais bien, parce que moi le premier, je le subis. Et pas qu´une fois de temps en temps... Plutôt que de m´en plaindre, j´en ai profité pour chercher des solutions ! Et aujourd´hui, je vous en fais profiter.

Il y a des jours avec et des jours sans ?

C'est ce qu´il est tentant de penser. Ce serait tellement simple ! Mais quand ça dure plusieurs jours, on commence à se demander si autant de jours sans, ce n´est pas un peu inquiétant.
On gagnera donc du temps en éliminant cette explication.
Il est plus judicieux de se poser des questions sur ce qui a déjà été écrit…

Faut-il remonter loin ?

Avec Mémoire d´ombres, j´ai été obligé à plusieurs reprises de supprimer plusieurs chapitres (plus de 10). Depuis, j´ai gagné en expérience et je me pose des questions avant d´en arriver là. Donc, questionnez-vous dès que vous sentez un blocage !

Quelles questions me poser ?

Est-ce que tout est bien cohérent ?
C'est une cause importante de blocage : ce que vous êtes en train d'écrire fait suite à une (oui, une seule suffit !) incohérence. Et c'est là que vous me dites que beaucoup d'intrigues reposent sur des incohérences : dans Le silence des agneaux, est-ce que ce n'est pas incohérent d'envoyer une stagiaire dans les pattes d'un psychopathe manipulateur ? Et le docteur Frankenstein qui parvient à animer des morceaux de cadavres assemblés, est-ce cohérent ? Et un monstre quasiment invulnérable qui boit du sang ? Dans les deux derniers cas, nous parlons de fantastique, genre qui repose sur l'intrusion d'un élément surnaturel dans un univers réaliste. L'élément surnaturel est invraisemblable. Dans le premier cas, c'est là encore la vraisemblance qui est en cause. Vraisemblance et cohérence sont deux choses différentes. La vraisemblance d'un évènement est sa possibilité dans un monde réel. La cohérence d'un évènement est la logique de son enchaînement avec les précédents, par rapport à son contexte... Clarice Starling n'est pas joviale et confiante face à Hannibal Lecter. Sa peur et sa prudence devant un tel manipulateur sont les réactions les plus cohérentes qui soient, au point de faire oublier l'invraisemblance de l'idée de départ...
Signe : Quand des événements sont bien cohérents, ils doivent s'enchaîner. Si vous patinez pour imaginer les événements qui suivent ceux que vous avez écrits, c'est qu'il y a une incohérence quelque part. Relisez donc bien les événements qui précèdent, et à autant de reprises que nécessaire : l'incohérence, quelque soit son importance, saute plus facilement aux yeux du lecteur que de l'auteur.
Et surtout, quand vous avez mis le doigt sur la ou les incohérences, remontez-y et effacez. Inutile de chercher à les rendre cohérentes à grands coups d´explications fumeuses : vous allez patiner encore plus.
Ma scène est-elle vraiment utile ?
Une intrigue est une suite de situations qui évoluent. Ces situations sont... les scènes. Donc, chaque scène doit apporter quelque chose de nouveau dans l'intrigue ou compléter un élément grâce à un autre point de vue.
Parfois, on se lance dans une scène qu'on croit utile... et elle s'avère être du remplissage plus qu'autre chose ! Je ne parle pas forcément des scènes d'amour gratuites. Une scène peut très bien être habillée et inutile !
Signe : Même avant d'avoir fini une telle scène, on a une sensation de longueur, une impression de tourner en rond. Si jamais ça vous prend, n'hésitez pas à effacer votre scène et à imaginer tout autre chose !

Mon histoire m´inspire-t-elle vraiment ?
C´est une chose qui peut arriver. On commence un roman et un beau jour, on n´arrive plus à le continuer. Bien souvent, c´est parce qu´on a voulu écrire dans un genre pour lequel on n´est pas fait. On y croyait parce qu´on aime bien lire dans ce genre. Mais ça ne suffit pas forcément pour bien comprendre ses codes, ni pour acquérir les qualités qui lui sont spécifiques. L´horreur et le thriller exigent par exemple (entre autres) un certain sens des atmosphères. La science-fiction exige de la rigueur (indispensable pour donner à des inventions invraisemblables l´illusion de la vraisemblance. Je recommande à ce propos La cache du Diable de Dean Koontz : on croit à la résurrection médicale de Hatch Harrison, alors qu´on sait que c´est en réalité impossible).
Ou alors, c´est l´intrigue qui ne convient plus. L´idée de base était finalement trop pauvre pour être exploitée. À moins qu´on n´ait pas su trouver comment la développer et qu´on soit parti sur une mauvaise piste.
Signe : Un très gros manque d´inspiration. Et une sorte d´ennui à chaque fois qu´on essaie d´écrire. Si ça vous arrive, demandez-vous si le genre vous convient. S´il s´avère que oui, vous pouvez reprendre le roman à zéro et réfléchir à un développement différent de l´idée de départ, voire à une autre idée de départ. S´il s´avère que non, soit vous vous ressourcez en lisant à encore plus forte dose dans ce genre, soit vous prenez le temps de chercher le genre dans lequel vous êtes à l´aise pour écrire.


Ce tour d´horizon des causes de la plume récalcitrante se termine. Je le répète, il n´a rien à voir avec l´angoisse de la page blanche. Dont je doute qu´elle fasse l´objet d´un article : je ne connais ni ses causes, ni ses remèdes…

Raphaël

2 commentaires

#1  - Ghaan écrivain indie a dit :

Plume récalcitrante? Mega trouvaille :D Tout à fait d'accord sur l'utilité de la scène. Se poser quelques questions en amont peut éviter bien des grosses ratures douloureuses de 3 chapitres ;) (en mode vécu) après on peut être très inspiré par une scène inutile, prendre plaisir à l'écrire et donc le lecteur prendra surement plaisir à la lire. Trop se limiter peut engendrer une standardisation des histoires et un manque de spontanéité. Une technique de certains écrivains c'est de faire des drabbles de personnages pour écrire malgré le blocage et retrouver l'inspiration et le plaisir d'écrire. Perso je suis trop chaotique, lorsque une scène ne m'inspire pas je vais voir une autre scène voir le tome 2 direct ^^

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#2  - buenas vibras a dit :

(désolee, je vous écris en espagnol car mon français est pas si bon) Me parece excelente tu visión sobre el bloqueo de escritor, que es uno de nuestros grandes dolores de cabeza.
Me parece que a veces esa presión viene porque simplemente estamos tratando de forzar a las musas. Ellas tienen su tiempo y no aparecen cuando las llamas, sino cuando quieren. Y hay veces en que no puedes escribir simplemente porque estás pensando. En ocasiones hay tramas que se complican, como bien dices, y tu mente está tratando de encontrarle un sentido a esa trama. Me he llegado a pasar un año sin escribir una letra, pero cuando por fin llegó la inspiración escribí prácticamente la mitad del libro en día y medio. Luego vino la nueva duda y actualmente mi cabeza está en su proceso. A veces sólo falta vida para entender.
Y en cuanto a lo del género, no creo que sea tan sólo sobre poder escribir drama o comedia, sino que además hay (habemos, mejor dicho), quienes no nacemos para novelistas. Un día alguien me dijo que los poetas, por ejemplo, nunca somos novelistas (José Emilio Pacheco es una notable excepción), y es cierto. A veces sólo no sirves para eso. Es mi caso. Doloroso, pero cierto.
Saludos desde el otro lado del océano!

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